De nombreux panneaux de villes et villages ont été retournés ces dernières heures en Moselle. Le phénomène qui touche déjà une bonne partie de départements français s'étend. Qui fait ça? Et dans quel but? Réponses.

Ce n'est pas une farce, ni un acte malveillant, mais bien une opération de "com" insolite et rondement menée à l'échelle de la France. Doucement mais sûrement le phénomène qui fait retourner tourner la tête des automobilistes et s'interroger tous les curieux, contamine de plus en plus de communes françaises.

Après le Tarn, premier département touché, le Haut-Rhin, le Var, la Creuse, etc. nombre de panneaux de villes et de villages de Moselle ont été retournés au cours des derniers jours comme à Metz, Bousse, Trémery, Montrequienne, Charly-Oradour, Faulquemont, Créhange et des dizaines d'autres.

Baptisée "On marche sur la tête", cette opération d'envergure menée à l'entrée des agglomérations a été lancée par le puissant syndicat de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et le syndicat des Jeunes Agriculteurs pour faire entendre leurs revendications après plusieurs semaines à se faire entendre dans les rues. Comme lors de la journée de mobilisation du 21 novembre qui a vu près de 200 tracteurs traverser Metz.

"Une série de mesures et de normes qui n'ont ni queue, ni tête"

Leurs revendications sont multiples - elles concernent le stockage de l'eau, l'étiquetage, les pesticides, etc. -  mais témoignent du décalage entre la réalité économique des producteurs et les décisions politiques au niveau national, mais aussi européen, qui parfois se contredisent ou ne sont pas abouties. Les agriculteurs dénoncent des normes environnementales de plus en plus contraignantes.

"Globalement on dénonce à travers cette action toutes les mesures que le gouvernement prend sans réfléchir, mais aussi sans apporter de solution", résume Marc Bodo, secrétaire général des Jeunes agriculteurs de Moselle. Avant de résumer un sentiment partagé par la profession qui manifeste un ras-le-bol: "On veut nous imposer une série de mesures et de normes qui n'ont ni queue, ni tête, et qui ne sont pas applicables par nous, les exploitants".

Alors que le Parlement européen a rejeté le 22 novembre une législation visant à réduire de moitié l'usage des pesticides dans l'UE d'ici 2030 (par rapport à la période 2015-2017), le gouvernement français a pour l'heure maintenu ces objectifs dans le cadre d'une nouvelle stratégie nommée Ecophyto 2030, actuellement "en cours de consultation".

"Je suis "pour" supprimer 50% des produits phytosanitaires d'ici 2023, mais qu'est-ce qu'on utilise à la place?", interroge Marc Bodo. Avant d'expliquer: "On veut que les agriculteurs produisent plus proprement alors que l'agriculture française est l'une des plus propres au monde, et cela sans alternative et au même prix. Ce n'est pas possible!" Dans leur communiqué, les Jeunes agriculteurs mosellans exigent "des trajectoires de progrès soutenables par les agriculteurs et des alternatives crédibles, diffusables et compétitives".

Pas de vision et de courage politique

Ils dénoncent pêle-mêle l'augmentation de près de 40% de la redevance sur l'eau alors que les charges des exploitations agricoles "ont augmenté de plus ou moins 18% en deux ans". Les incohérences des accords commerciaux internationaux pilotés par la Commission européenne et la concurrence déloyale dont est victime la filière viande du fait d'"un afflux de produits alimentaires importés peu contrôlés qui proviennent de pays moins-disant sanitairement, environnementalement  et socialement que l'UE".

Ou encore le refus de Bruxelles de prolonger en 2024 la dérogation permettant de mettre en culture 4% des terres en jachère, alors que la tension énergétique et alimentaire provoquée par la guerre en Ukraine est toujours là. Reste aussi l'incompréhension face à la suppression progressive de la défiscalisation du gazole non routier (GNR) agricole avec lequel tournent les tracteurs. "On est les premiers à dire qu'il faut qu'on consomme moins, mais on ne voit pas l'intérêt écologique là-dedans", lance Marc Bodo.

Les Jeunes agriculteurs dénoncent surtout "l'absence de vision et de courage politique" du gouvernement Macron. Alors que "dans les cinq ans la moitié des agriculteurs partiront en retraite" et qu'ils devront répondre aux enjeux de la souveraineté alimentaire, ils s'impatientent de ne pouvoir lire le Pacte et Loi d'orientation s'avenir agricole (PLOAA) "censé apporté une vision et une orientation claire pour pérenniser notre agriculture". Ce PLOAA avait été annoncé par Emmanuel Macron en septembre 2022.