Après les cartouches de cigarettes, les cartouches de fusils de chasse: les buralistes veulent profiter de l'allègement des certifications nécessaires à l'exercice d'activités périphériques au métier d'armurier, prévu au 1er janvier 2024, pour vendre des munitions de chasse.

Ils "se sont déjà déclarés intéressés par ce nouveau dispositif par le biais de leur confédération", a confirmé samedi le ministère de l'Intérieur dans une déclaration à l'AFP.

Les gérants des bureaux de tabacs sont engagés de longue date dans une démarche de diversification de leur activité, encouragée par le gouvernement: relais-colis, conciergerie, "snacking", vente de journaux, gestion de colis postaux...

Ils pourront donc ajouter dès le 1er janvier une nouvelle corde à leur arc en obtenant dans un premier temps une certification "vente exclusive de munitions" puis un agrément pour la vente de munitions auprès du préfet ainsi qu’une autorisation d'ouverture de commerce, délivrée également par le préfet après avis du maire de la commune.

Cette certification nouvelle, en lieu et place du diplôme d'État d'armurier ou du certificat de qualification professionnelle d'armurier, sera délivrée "après réussite à un examen faisant suite à une formation adaptée et ciblée de deux jours", a précisé la Place Beauvau.

Elle portera sur "la seule vente de munitions des catégorie C (pour la chasse principalement) et D (munitions variées dont l’acquisition est libre aux majeurs)", a spécifié le ministère.

Une "bonne" mesure

Le sujet a fait irruption mercredi dernier sur la chaîne Chassons TV. Le chef du Service central des armes et explosifs du ministère de l'Intérieur Jean-Simon Mérandat avait expliqué que ces ventes seraient autorisées dès le 1er janvier prochain.

Contacté vendredi par l'AFP, le président de la Confédération des buralistes Philippe Coy a préféré temporiser en évoquant plutôt le premier trimestre 2024.

Cette "bonne" mesure est bien envisagée "en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés", dont les armuriers et les fabricants de munitions, a affirmé samedi le président du Syndicat national des producteurs de gibier de chasse Interprochasse, Jean-Christophe Chastang.

Mais la plupart des armuriers s'en inquiètent, craignant une nouvelle concurrence.

Si la marge réalisée par les buralistes fait encore l'objet de discussions, "les bureaux de tabacs seront plus chers que les armuriers", a tenté de rassurer Yves Gollety, président de la chambre syndicale nationale des armuriers.

Et "si les armuriers se débrouillent bien et alimentent les bureaux de tabacs, c’est un business pour eux aussi", a-t-il ajouté, contacté par l'AFP.

Le constat est partagé par l'ensemble des acteurs de ce dossier: avec le recul du nombre d'armureries, les chasseurs sont contraints de faire davantage de route pour s'approvisionner en cartouches.

150 km pour trouver une boîte de cartouches

"Il y a des endroits ou les gens doivent faire 150 kilomètres pour chercher une boîte de cartouches, (...) ça c’est plus possible", souligne le président de la fédération des chasseurs Willy Schraen.

La fédération des buralistes se présente comme le "premier réseau de commerces de proximité", avec quelque 23.300 points de vente à travers la France.

Son maillage territorial "permettra non seulement de limiter les déplacements pour l'acquisition de munitions de chasse, mais également des stockages importants", a fait valoir l'Intérieur.

Le stockage est en effet un enjeu de sécurité pour les chasseurs, de même que la vente par voie postale "source de problématiques récurrentes" pour le ministère, qui pourra s'en trouver réduite.

L'idée est cependant loin de faire l'unanimité. Le Comité national contre le tabagisme (CNCT) s'est ainsi interrogé sur son caractère "raisonnable", affirmant que "deux buralistes sur trois continuent de vendre du tabac à des mineurs en toute illégalité".

Pour la vente de munitions de catégorie C, les buralistes devront impérativement s'assurer que le client est bien titulaire d'un titre d'acquisition valide, comme un permis de chasse ou une licence de tir, veut toutefois rassurer la Place Beauvau.