Fraîchement élu maire de Thionville, Pierre Cuny a la double-mission de développer sa commune tout en facilitant le quotidien des frontaliers, très nombreux dans sa commune. Il propose une solution innovante pour financer les infrastructures de mobilité.

À Thionville, l'envie de continuité a porté Pierre Cuny vers son deuxième mandat lors des élections municipales le week-end dernier. Le maire sortant, qui avait pris la succession d'Anne Grommerch après son décès en 2016, a remporté haut la main sa première élection en tant que tête de liste. Le voilà tourné vers les six prochaines années, qui promettent de beaux et imposants défis.

L'un des principaux à relever? Le développement de Thionville et le soutien de sa population, composée d'environ 50% d'actifs frontaliers. La majorité étant évidemment employée au Luxembourg.

Pour eux, le maire assure s'être "très rapidement investi" des questions de mobilité et de télétravail. "On est passés de 21 à 29 jours à la suite de discussions que j'ai eues avant la rencontre franco-luxembourgeoise de 2018" détaille-t-il à RTL 5minutes.

UNE SOLUTION POUR LE TÉLÉTRAVAIL

La crise étant passée par là, il propose même une solution pour faciliter le télétravail et garantir le financement des infrastructures sans pénaliser les deux pays. Le tout, sans tomber dans une discussion de sourds entre le Luxembourg d'un côté, les élus locaux de l'autre.

Là où Dominique Gros réclamait la rétrocession fiscale, Pierre Cuny - et ses homologues du sillon lorrain - préfère soutenir auprès de l'Etat des projets de codéveloppement. Concrètement, il souhaite créer une caisse partagéedans laquelle serait versé l'impôt prélevé sur le télétravail des frontaliers au-delà du seuil actuel des 29 jours. Ainsi, plutôt que de laisser intégralement cette somme au Luxembourg (c'est le cas jusqu'au 29e jour) ou à la France (au-delà du 29e jour donc), elle bénéficierait directement aux infrastructures utiles de transport. Et n'irait jamais financer "les décorations de Noël" des communes frontalières, ce que Xavier Bettel avait affirmé ne pas vouloir faire en 2018. "Je préconise 56 jours de télétravail par an" soit un jour semaine.

"Donc pas de rétrocession fiscale" souligne Pierre Cuny. "Le Luxembourg ne voudra pas et quelque part, je le comprends. Il est aujourd'hui beaucoup plus intelligent de travailler main dans la main, avec une fiscalité partagée qui serait fléchée vers les infrastructures. On pourrait très bien expérimenter le dispositif sur le pôle métropolitain transfrontalier (le long de la frontière luxembourgeoise, ndlr)."

Encore faut-il que les entreprises et les frontaliers puissent effectuer suffisamment de jours de télétravail pour alimenter cette caisse. Là où le maire de Thionville voit certainement juste, c'est que la crise du coronavirus a permis de démocratiser ce recours massif au télétravail, permettant d'effacer les réticences de nombreux employeurs. En quelques jours "tout le monde est passé en télétravail et l'autoroute était déserte" pointe-t-il. "Et on a vu que le Luxembourg a besoin de ses frontaliers. Xavier Bettel l'a encore dit pendant la crise."

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"IL FAUT UNE 3e VOIE SUR L'A31"

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L'autoroute A31 - et ici son pendant luxembourgeois, l'A3 - sont régulièrement embouteillées à cause du trop grand nombre de véhicules qui les empruntent chaque jour. / © Domingos Oliveira / Archives RTL

Outre le développement d'un nouveau quartier à la gare de Thionville, avec notamment un parking-silo pour faciliter l'accès à la gare, Pierre Cuny souhaite soutenir la création d'un RER sur la ligne ferroviaire vers le Luxembourg, avec une fréquence abaissée à 5 minutes en heures de pointe.

L'idée n'est pas neuve et a été avancée par la ministre des Transports Elisabeth Borne, mais une barrière demeure pour la mener à bien: les trains de marchandises. Pour réaliser un véritable RER avec une fréquence aussi élevée, impossible de partager le trafic entre les trains de voyageurs et ceux de fret. "Il y a plein de lignes secondaires SNCF fermées" commente-t-il, suggérant de les utiliser pour dérouter les imposants trains de marchandises depuis Metz jusqu'à la frontière.

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Le télétravail, le train, c'est bien beau, mais la majorité des frontaliers se rend sur son lieu de travail en voiture. Hors l'A31bis ne sera vraisemblablement pas mise en service avant 2030, au minimum. "Cette vision de mobilité physique pour 2030 est une vision dépassée. Je pense qu'en 2030, un certain nombre de gens feront du télétravail. Pas en totalité, pas au-delà de 25% (seuil au-delà duquel les travailleurs changent de système social, ndlr)." 

Cette 3e voie, elle est pourtant déjà indispensable."L'A31 est un eurocorridor majeur, on ne peut pas la laisser à 2x2 voies." Il conviendra toutefois d'y inclure des parkings-relais afin de favoriser le covoiturage. L'un d'eux, cofinancé par la France et le Luxembourg, est en chantier à Metzange, tout près de Thionville bien sûr.

Du fait de sa proximité avec le Luxembourg, et de son positionnement vis-à-vis de Metz, Thionville peut-elle justement s'imposer comme un modèle d'avenir dans ce développement transfrontalier? Dans un second article qui paraîtra demain, nous reviendrons sur la place de la commune - aux portes du Luxembourg et à deux pas de Metz - et sur son développement avec les frontaliers.